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Henri Weber - Sommet socialiste de Madrid : Pour un keynésianisme du XXIe siècle

Avec la guerre en Géorgie, et surtout la crise économique d'une exceptionnelle gravité, dans laquelle nous sommes entrés, le besoin d'Europe est redevenu impérieux.

Il avait cessé de l'être après la disparition de l'Union soviétique et le triomphe de l'idéologie néolibérale, dans la deuxième moitié des années 1990. Pourquoi consentir de nouveaux abandons de souveraineté, pensaient une majorité de « décideurs » si l'Armée Rouge ne menace plus nos frontières et si le libre jeu des mécanismes du marché permet la meilleure allocation des ressources ?

Dans un monde qu'ils croyaient durablement prospère et pacifié, les dirigeants européens s'employaient, sur le plan économique à faire respecter la stabilité monétaire et la "concurrence libre et non faussée"; sur le plan géopolitique à exercer le "soft-power" -diplomatie, négociations-, en complément du "hard power",- guerres préventives ou punitives -, laissé principalement à "l'hyper-puissance" américaine. Les optimistes parlaient de la "Fin de l'histoire", les pessimistes du "Choc des civilisations" (mais pour le conjurer !).

Aujourd'hui, la Russie s'est relevée, sous la poigne de fer de Poutine. Ce qui s'est passé en Géorgie cet été, peut bien se reproduire en Ukraine ou dans les pays Baltes. Si l'Union européenne ne normalise pas ses rapports avec la Russie, dans le cadre d'un partenariat privilégié - quoique exigeant sur les droits de l’homme et celui des peuples à disposer d’eux-mêmes -, le danger de guerre rôde à nouveau en Europe.

Surtout, la crise économique ouverte par le krach de New York appelle un retour en force de la puissance publique dans l'activité économique et les relations sociales, à tous les niveaux : aux niveaux local et national, bien sûr, mais aussi et surtout, aux niveaux européen et mondial.

Les socialistes européens travaillent depuis un an déjà à apporter une réponse commune à la crise. Beaucoup ont pris conscience que le repli de chacun sur des solutions principalement nationales ne pouvait déboucher que sur des déconvenues.

Le "Manifeste" du PSE débattu les 1er et 2 décembre à Madrid par les leaders de trente-trois partis socialistes européens, propose une réforme complète du système financier international, afin de surmonter la crise bancaire et d'en éviter la répétition. Mais il insiste surtout sur un plan massif de relance de l'activité économique en agissant à la fois sur l'investissement et la consommation. Ce keynésianisme du XXIème siècle intègre étroitement l'apport de l'écologie politique - l'objectif d'une "croissance verte et intelligente" - et celui de la social-démocratie : la combinaison entre efficacité économique et progrès social.

Le PSE propose d'investir massivement dans les nouvelles sources d'énergie (éolienne, photovoltaïque, géothermique, marémotrice, biomasse, hydroélectrique,...) et dans les économies d'énergie - l'isolation thermique des logements, notamment -, afin de soutenir les PME du bâtiment. Ces stratégies pour une "croissance durable" devraient, selon ses experts, permettre la création de 10 millions d'emplois à l'horizon 2020, dont 2 millions dans le seul secteur des énergies renouvelables.

Le PSE propose aussi de mettre en œuvre les grands travaux d'infrastructure transeuropéens - fret ferroviaire, TGV, canaux, réseaux Internet à haut débit- financés par emprunts, levés par la Banque Européenne d'Investissement, et l'émission "d'obligations vertes" européennes à taux zéro. D'augmenter substantiellement les investissements dans les grands équipements de Recherche et les technologies nouvelles. De soutenir le développement du tiers secteur de l'économie sociale en Europe, qui emploie aujourd'hui 5 millions de salariés, mais pourrait en mobiliser aisément le double.

Cette relance par l'investissement, dans chaque Etat membre et au niveau de l’Union européenne beaucoup plus ambitieuse que celle que propose la Commission, s'accompagne d'une relance par la demande.

Le PSE propose un "Pacte européen du Progrès social" afin de protéger les revenus des plus démunis, une directive-cadre en défense des services publics, des salaires minimaux décents dans tous les Etats membres, l'augmentation du fond européen d'adaptation à la mondialisation.

L'idée qu'il faut réorienter la construction européenne dans le sens d'une Europe, plus active, plus ambitieuse, plus volontaire, plus sociale, fait son chemin, sous les coups de boutoir de la crise. Les "sociaux-libéraux" britanniques nationalisent les banques, baissent la TVA, augmentent la fiscalité sur les hauts revenus.

Les partis socialistes et sociaux-démocrates ont mesuré la limite du chacun pour soi. Les tsunamis idéologiques et sociaux qui accompagnent le tsunami financier et économique de 2008 vont porter un coup sévère au social-libéralisme et créer les conditions d'une renaissance de la social-démocratie.

Celle-ci ne peut s'effectuer dans les limites désormais trop étroites des Etats-Nation. C'est en réinventant son projet européen que la gauche européenne pourra trouver une seconde jeunesse. Ce n'est que si la gauche réformiste est capable de se refonder que le projet européen pourra sortir de la léthargie dans laquelle l'a enfermé, au tournant du siècle, le retour des égoïsmes nationaux.

Lun, 01/12/2008 - 17:00

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